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Conférence de Chantal Sobieniak le vendredi 24 octobre 2008
  
  
COLLONGES AU XIX ° SIECLE
Introduction 

Mes précédents exposés traitaient tous d’évènements  survenus à Collonges sous l’ancien régime, c’est à dire avant la Révolution de 1789. Lorsqu’on étudie ces temps anciens, le principal problème est le manque de documents. Soit ils n’ont jamais été conservé, soit ils ont disparu.
Au XIXème e siècle, on est confronté au problème inverse. On aurait plutôt trop de documents. Depuis la Révolution, nous sommes un pays très « paperassier ». Les administrations produisent une somme considérable de documents. Par exemple, on pourrait parfaitement faire une thèse sur : l’enseignement à Collonges au 19ème, ou l’église à Collonges.
            Il n’est donc pas possible de parler de tout. Je vais donc essayer d’évoquer plusieurs sujets tout en vous montrant des documents dont la plupart ne sont pas très connus.
            Avant de commencer j’aimerais que l’on essaye de se représenter Collonges le 1er janvier  1800.
            Eh bien on peut m’arrêter tout de suite pour une raison toute simple : il n’y a jamais eu  de 1er janvier 1800 ... en France en tout cas. Ce jour-là s’appelait le 11 nivose an 8.
Depuis sept ans, le 22 septembre 1792  exactement – 1er vendémiaire an 1 -  et jusqu’au 10 nivose an 14 -  31 décembre 1805, on avait adopté le calendrier  républicain.
Juste une petite comparaison, nous même, nous avons changé de monnaie il y aura bientôt sept ans, et nous savons tous que ça n’a pas été facile dans la vie de tous les jours. Sept ans plus tard, nous  faisons toujours mentalement  des conversions pour être sûrs de bien comprendre.
Si l’on se compare à nos ancêtres de 1800, on n’a pourtant pas lieu de se plaindre.
En effet, sept ans auparavant, ils avaient également changé de monnaie, on n’utilisait plus les livres, sous et deniers, mais  les francs et les centimes. Mais également tous les systèmes de mesures avaient été changés puisqu’on avait inventé le système métrique.
Nous même, nous trouvons le système métrique très pratique, il a dailleurs été adopté par presque tous les pays. Compter en base 10, c’est facile – quand on été élevé avec !
Mais nos malheureux ancêtres avaient beaucoup de mal car ils étaient plus habitués à compter en base 12. Depuis Charlemagne, il y avait 20 sous dans une livres et 12 deniers dans un sou. On mesurait les longueurs en pieds, en toises, en lieues, les poids en livres,les volumes en pintes, en boisseaux,  les superficies en acres, etc...
Mais il faut reconnaitre que le plus beau, c’était bien le calendrier puisque, dans leur volonté de légiférer, les révolutionnaires avaient même prétendu régler le temps...
L’année était divisée en 12 mois de 30 jours – dont les noms avaient été inventés par Fabre d’Eglantine (l’auteur de l’immortelle chanson Il pleut bergère
Vendémiaire -  Brumaire -  Frimaire
Nivôse – Pluviose -  Ventose
Germinal - Floréal - Prairial
Messidor -  Thermidor -  Fructidor

Il n’y avait plus de semaine mais 3 décades de 10 jours appelés :

PrimidiDuodiTridiQuartidiQuintidiSextidiSeptidiOctidiNonidi - Décadi

Auquels se rajoutaient les 6 jours supplémentaires de fin d'année,  appelés sans-culottides ou sanculotides .

On avait aussi essayer d’introduire le temps décimal avec des journées de 10h mais ce fut un échec car il serait revenu trop cher de modifier les rouages des horloges.
Pour les nostalgiques de ce calendrier, sachez qu’aujourd’hui 24  octobre 2008, nous serions  le tridi 3 brumaire an 217, jour de poire. En effet, comme il était inconcevable d’attribuer aux jours des noms de saints, on leur avit donné des noms en rapport avec la nature : fruits, fleurs, outils... On pouvait ainsi se retrouver nommé Aubergine, Sarcloir, ou même...fumier !

En 1811 le sous préfet de Brive se plaignait : Le système métrique est toujours dans le même état de situation, il ne fait pas de progrès, son usage est difficile dans le petit commerce de détail, le peuple ne veut encore reconnaitre que les livres, les onces, les aunes, les setiers. Le temps et l’instruction peuvent seuls le ramener à des idées plus saines ; cependant l’instruction ne parait pas se rapprocher de lui.

Ce siècle qui commençait n’allait pas du tout être un long fleuve tranquille. On allait connaître de nombreux changements de régimes :
  • 1800 – 1804 : CONSULAT                             BONAPARTE
  
  • 1804 – 1814 : PREMIER EMPIRE                NAPOLEON 1ER
  
  • 1814 – 1815 : PREMIERE RESTAURATION        LOUIS XVIII
  • MARS – JUIN 1815 : LES CENT JOURS               NAPOLEON 1ER
  • 1815 – 1824 : RESTAURATION                                LOUIS XVIII
  • 1824 – 1830 :                                                     CHARLES X
  
  • 1830 : REVOLUTION DE JUILLET 
  
  • 1830 – 1848 : MONARCHIE DE JUILLET             LOUIS PHILIPPE
  
  • 1848 – 1852 : 2EME REPUBLIQUE              LOUIS NAPOLEON BONAPARTE
  
  •  1852 – 1870 : SECOND EMPIRE                  NAPOLEON III
  
  •  1870 – 1899 : TROISIEME REPUBLIQUE 
  • 1871  :                                                  ADOLPHE THIERS
  • 1873  :                                                  PATRICE  DE MAC-MAHON
  • 1879 :                                                   JULES GREVY
  • 1887 :                                                   SADI CARNOT
  • 1894 :                                                   JEAN CASIMIR-PERRIER
  • 1895 :                                                   FELIX FAURE
Ces évènements historiques se déroulent bien loin de Collonges mais on aurait tort de croire qu’ils n’ont pas eu d’incidence. Au contraire, on est à présent dans un système où tout changement à la tête de la nation implique des changements dans les coins les plus reculés.
Au 19 ème, les maires ne sont pas élus mais nommés par les préfets et doivent donc convenir au gouvernement en place d’où des changements assez fréquents.
Ce tableau montre 18 maires à Collonges pour le 19ème siècle. En fait il y en a eu 20 dont 2, il est vrai pour un temps très bref.
En l’an 8 – 1800 –  un Lachapelle a été maire provisoire, il s’agissait  probablement de Bonaventure LACHAPELLE, (dit LACHAPELLE cadet) né en 1748,  décédé bourgeois en 1806 (mais peut-être aussi notaire), issu d’une longue lignée de notaires du Faure . 

On a ensuite Antoine Annet VEZY, dit Vezy cadet, du Martret, né en 1758 ( mort en 1833). El l’an 8  celui-si fait réparer  la halle publique, il faut remettre une poutre et plus de 6000 ardoises Il se plaint qu’il n’y a plus que 2 foires au lieu de 9 avant la Révolution
            Il voudrait  réparer les chemins devenus impraticables non seulement pour les charettes mais encore pour les chevaux et même les gens à pied.
            Il décide de  faire réparer l’horloge du clocher par M. Cérou (toujours pas réparée en 1831)

En 1808 il est remplacé par Pierre Labrue, ancien noble émigré dont la première décision fut d’obliger chaque habitant à paver ou faire paver la rue devant sa maison à ses frais. 
Il s’était rendu assez impopulaire en interdisant aux aubergistes de servir du vin les dimanches et jours de fête et il décide aussi que tous les pères de famille seront tenus pour responsables des délits commis par leurs enfants et leurs domestiques.
Il déplace la salle de la mairie qui se tenait chez François Albert, aubergiste pour louer une pièce à Jean Poignet.
Il est en litige avec son prédesseur Antoine Vezy du Martret, à propos d’une source que celui-ci a détourné.

            En 1813  le nouveau maire est Charles de  Laramade de Friac  né le 20 avril 1788, dont nous reparlerons.
Jean Pierre Bial a été maire  pendant  les 100 jours mais en fait il n’a exercé ces fonctions que du 25 juin au 19 juillet 1815.  C’est une période troublée pendant laquelle plusieurs collongeois se trouvent emprisonnés à Brive pour attroupement séditieux :
J Baptiste Freyssenges, du bourg (caution payée par Antoine Poignet, propriétaire à la Veyrie)
Jean Bouyssou, cultivateur au bourg,
Jean Albert, du Chastanet
Il n’y a que 2 documents concernant le mandat de Jean Pierre Bial: son installation et sa destitution
Installation :
Destitution :
Le maire suivant est à nouveau Charles de Laramade De Friac jusqu’en 1830.
C’était vraiment un personnage. Très grand, 1,85, il en imposait et ne supportait pas la contradiction. Il s’était rendu impopulaire car il agissait comme un noble de l’ancien régime.

Paul Bial raconte : J’ai bien connu Charles de Friac qui  habitait le château de Friac près de Collonges. Le dernier des Friac devint sous la Restauration, un véritable potentat à Collonges. Il me semble encore voir, le dimanche à la grand messe, le curé Lafont descendre de l’autel et venir l’encenser dans son banc : le prêtre bien humble, le hobereau très hautain. Mais, je me hâte de le dire, l’encensé n’était pas au fond un méchant diable. Sous des manières autoritaires, violentes même à l’égard de quiconque lui résistait, battait un coeur bon et loyal. Omnipotent, il ne fit pas le quart du mal qu’il pouvait faire et il accomplit beaucoup de bien. Il aimait ses sujets, mieux encore ses sujettes et il n’en était pas détesté, car c’était un fort bel homme.
En 1830, époque de la monarchie de juillet, il est destitué mais il reviendra à nouveau maire de 1849 à 1863. Il aura donc été maire pendant 31 ans.
Il est enterré dans la chapelle des pénitents
  
Les maires suivants resteront baucoup moins laongtemps, en moyenne 5 à 6 ans sauf Amédée Ponchet maire pendant 13 ans de 1868 à 1881.

En 1841 C’est Antoine Vezy de Beaufort qui est maire : on parle pour la première fois de la création de la commune de Lagleygeolle sur les communes de Meyssac, Collonges, Sérilhac et Noailhac, d’où la perte éventuelle des villages de Charlat et la Chatie. Le conseil municipal s’y oppose en faiant valoir que les chemins de Lagleygeolle à ces villages sont impraticables tandis que ceux qui les conduisent à Collonge sont très viables :
 Les habitants de ces villages, après avoir traversé par des chemins très élevés couverts par  les neiges et les glaces en temps d’hiver ne trouveraient à Lagleygeolle ni toit hospitalier qui put les recevoir, ni abri contre la neige, les vents et les pluies qui semblent s’y être donné un rendez-vous perpétuel
La commune de Lagleygeolle ne sera finalement créée qu’en 1869.

1843 : on ouvre le nouveau cimetière

1848  On reparle de  l’horloge ; On se décide à acheter une nouvelle horloge qui se remonte une fois par semaine commandée à Mr Cheymol de Mauriac : 800 f. garantie 10 ans.

1849 : achat d’un tambour, achat d’une maison commune à Anne Salvant. La mairie a enfin un lieu fixe

Pendant tout le siècle, les sujets qui occuperont le plus les conseils municipaux sont :
  • les chemins, très difficiles à entretenir
  • l’eau
Je ne vais pas refaire l’exposé sur l’eau à Collonges que nous avions fait avec Mme Guély il y a quelques années.
En bref,  au début du 19ème et depuis 40 ans, il n’y avait qu’une fontaine publique au Martet, tout à fait insuffsante.
En 1849, le sous-préfet écrit qu’il serait mieux pour Collonges d’avoir une fontaine construite sur la place publique. Mais la commune n’a pas d’argent et on opte pour la solution la moins onéreuse : la fontaine reste au Martret mais une conduite amène l’eau au centre du village. 
8 août 1858  . L’eau est insuffisante, on propose d’établir une conduite prise à l’arrière du champ de foire.
 L’eau qui se trouve au chef-lieu de la commune est insuffisante pour les habitants ; les animaux souffrent une grande partie de l’année, et, si malheureusement un incendie éclatait, nous n’aurions aucun moyen de l’éteindre. Il est donc de toute urgence d’aviser au moyen d’alimenter le bourg. Or une source très abondante, située à 1km de distance pourrait donner par jour 770 hectolitres d’eau
On a   enfin une deuxième fontaine à Collonges en 1861. Il aura fallu 100 ans pour que le projet aboutisse. L’inauguration de la fontaine donne lieu à des fêtes qui durent trois jours avec feux de joie et tirs de canon. 
Hélas ! le 7 janvier 1883 a lieu une séance extraordinaire du conseil municipal. Il n’y a plus d’eau au cimetière grand à la suite d’un éboulement de terrain qui a écrasé les tuyaux. Des réparations urgentes sont nécessaires mais l’on n’a pas d’argent.
En avril 1884, la situation a empirée. Il n’y a plus du tout d’eau dans le bourg.
En décembre 1884, il n’y a aucune amélioration car il n’a pas assez plu. Il n’y a pas plus d’eau qu’au mois d’août. L’eau potable fait complètement défaut, les ruisseaux sont presque à sec. On décide de faire une conduite qui amenerait l’eau de la Baral au cimetière grand. La réception définitive des travaux  aura lieu le 7 novembre 1897.


La population de Collonges

            On n’a malheureusement pas de recensements réguliers et fiables puisque le premier date de 1906.
On connaît cependant quelques chiffres :
En 1792, 1183 habitants
An 13, population : 1262 h  
1852 :   1510 habitants, y compris les militaires
1859 : 900 dans l’agglomération ( ?)
1863 : 1000 dans l’agglomération

Grace aux registres d’état-civil,on peut étudier les variations.
On voit une augmentation de la population jusqu’au milieu du siècle puis une baisse assez lente. Il n’y a pas ce décrochement très net que l’on voit dans d’autres communes à partir des années 1860 – arrivée du chemin de fer et émigration vers Paris.  Par contre après 1880, la chute s’accélère, probablement à cause du phyloxéra.
  
Jean Pierre Bial (oublié dans la liste)